On vend un appartement locatif détenu depuis sept ans sans avoir conservé la moindre facture de travaux. Au moment de calculer la plus-value imposable, le notaire applique un forfait de 15 % sur le prix d’acquisition. Résultat : le prix d’achat retenu grimpe mécaniquement, et l’impôt baisse, sans aucun justificatif à produire. Ce mécanisme, prévu à l’article 150 VB du Code général des impôts, reste sous-utilisé faute de réflexe au bon moment.
Forfait travaux de 15 % : un droit automatique après cinq ans de détention
Le forfait de 15 % n’est pas une option parmi d’autres. Il s’applique de plein droit dès que la durée de détention dépasse cinq ans, même si aucun travaux n’a jamais été réalisé dans le bien. On n’a rien à prouver, rien à documenter.
Concrètement, le notaire majore le prix d’acquisition de 15 %. Sur un bien acheté 200 000 euros, le prix retenu pour le calcul de la plus-value passe à 230 000 euros. Si on y ajoute le forfait de 7,5 % pour frais d’acquisition (au lieu des frais réels de notaire), le prix d’achat corrigé atteint 245 000 euros.
Ce cumul forfait travaux plus forfait frais est la configuration la plus courante pour les vendeurs qui n’ont pas archivé leurs justificatifs. On gonfle la base d’acquisition sans produire un seul document.
Travaux réels ou forfait : l’arbitrage à faire avant la signature

Le choix entre forfait de 15 % et dépenses réelles de travaux est exclusif. On ne peut pas cumuler les deux. Et ce choix se fait au moment de la vente, pas après.
Si on a réalisé des travaux lourds (rénovation de toiture, reprise complète de l’électricité, remplacement de fenêtres), il faut comparer le montant total des factures au forfait. Dès que les travaux réels dépassent 15 % du prix d’achat, on a intérêt à opter pour les frais réels.
Pour que les dépenses soient retenues en frais réels, elles doivent remplir trois conditions cumulatives :
- Avoir été supportées par le vendeur et payées par lui (pas par un locataire, pas par une subvention non remboursée)
- Ne pas avoir déjà été déduites des revenus fonciers au titre de l’impôt sur le revenu
- Correspondre à des travaux de construction, reconstruction, agrandissement ou amélioration, au sens fiscal du terme (l’entretien courant ne compte pas)
Ce dernier point est le piège classique. On a refait la peinture, changé la moquette, remplacé un robinet : ces dépenses d’entretien ne sont pas déductibles de la plus-value, même avec factures. En revanche, l’installation d’une cuisine équipée, la création d’une salle de bains ou la mise aux normes électrique entrent dans la catégorie amélioration.
Travaux déduits des revenus fonciers et plus-value : le double emploi interdit
On touche ici à une erreur fréquente. Quand un propriétaire bailleur déduit des travaux de ses revenus fonciers (ligne 224 de la déclaration 2044), ces mêmes travaux ne peuvent plus venir majorer le prix d’acquisition lors de la vente. Impossible de déduire deux fois la même dépense.
La situation devient délicate quand on a généré un déficit foncier grâce à des travaux importants. Si le bien est vendu moins de trois ans après l’imputation d’un déficit foncier sur le revenu global, l’administration fiscale peut remettre en cause ce déficit. Le fisc considère que la condition de maintien en location n’a pas été respectée.
En pratique, on se retrouve avec deux scénarios :
- Si les travaux ont été intégralement déduits des revenus fonciers et qu’aucun déficit n’a été imputé sur le revenu global, la vente ne pose pas de problème de remise en cause, mais ces travaux ne viennent pas non plus réduire la plus-value
- Si un déficit foncier lié aux travaux a été imputé sur le revenu global dans les trois dernières années, la vente peut déclencher un redressement sur ce déficit, tout en laissant intacte la possibilité d’utiliser le forfait de 15 %
- Si les travaux n’ont jamais été déduits fiscalement (par exemple parce qu’on était en micro-foncier), on peut les faire valoir en frais réels pour la plus-value, à condition de disposer des factures
Le réflexe avant toute mise en vente : relire ses trois dernières déclarations de revenus fonciers pour identifier ce qui a déjà été déduit.
Abattement pour durée de détention et stratégie de timing

Le forfait travaux réduit la plus-value brute. Mais c’est l’abattement pour durée de détention qui réduit la plus-value nette imposable, selon un barème progressif.
L’exonération totale d’impôt sur le revenu intervient après 22 ans de détention, et l’exonération de prélèvements sociaux après 30 ans. Entre ces deux seuils, chaque année de détention supplémentaire réduit la base taxable.
Quand on cumule le forfait de 15 % avec un abattement de détention déjà significatif (au-delà de 10 ans de détention par exemple), la plus-value imposable peut fondre rapidement. Sur un bien détenu depuis 15 ans avec peu de plus-value latente, le forfait travaux suffit parfois à ramener l’impôt à quelques centaines d’euros.
Le piège inverse existe aussi : vendre un bien détenu depuis quatre ans et demi, c’est perdre le bénéfice du forfait de 15 %. Quelques mois de patience peuvent représenter une économie fiscale nette non négligeable.
Vente d’un bien locatif meublé : attention au traitement des amortissements
Pour les loueurs en meublé non professionnel, la question du forfait travaux se complique. Les amortissements pratiqués en LMNP ne viennent pas majorer le prix d’acquisition pour le calcul de la plus-value des particuliers (régime de l’article 150 U du CGI).
En d’autres termes, les amortissements LMNP n’augmentent pas la plus-value imposable à la revente. Le forfait de 15 % reste utilisable dans les mêmes conditions que pour une location nue, à condition que la durée de détention dépasse cinq ans.
Les retours varient sur ce point selon les notaires, certains intégrant spontanément le forfait, d’autres attendant que le vendeur le demande. Mieux vaut vérifier le projet d’acte avant la signature.
Le forfait travaux plus-value n’est pas un dispositif d’optimisation agressive. C’est un mécanisme légal, automatique, qui ne demande aucune démarche particulière. Mais il faut y penser au bon moment : avant de signer le compromis, pas après. Un passage en revue des factures conservées, des déclarations foncières passées et de la durée exacte de détention prend moins d’une heure et peut modifier sensiblement le montant de l’impôt dû à la vente.

